Article 99 Article 5 Article 50 Article 113

Sanctions et amendes de l'IA Act : combien risque vraiment une PME ?

L'IA Act prévoit trois niveaux d'amendes, jusqu'à 35 M€ ou 7 % du chiffre d'affaires. Mais l'Article 99 §6 protège les PME en retenant le montant le plus faible. Voici le barème réel.

Mis à jour le 6 min de lecture

L'IA Act prévoit des amendes qui font les gros titres : jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial annuel. Ces chiffres sont réels, mais ils visent le sommet de la pyramide, les pratiques purement interdites. Pour une PME qui utilise l'IA normalement, l'exposition réelle est très différente, et le règlement prévoit même une clause de proportionnalité en votre faveur.

Voici le barème exact, et comment lire votre exposition réelle.

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Trois niveaux d'amendes, selon la gravité

L'Article 99 organise les sanctions en trois plafonds, du plus lourd au plus léger.

Niveau 1 : pratiques interdites, jusqu'à 35 M€ ou 7 %

Le non-respect de l'Article 5 (les pratiques interdites) expose au plafond le plus élevé : jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial annuel total de l'exercice précédent, le montant le plus élevé étant retenu (Article 99 §3). C'est la sanction des usages bannis : manipulation, exploitation de vulnérabilités, notation sociale, reconnaissance d'émotions au travail.

Niveau 2 : autres obligations, jusqu'à 15 M€ ou 3 %

Le non-respect des autres obligations du règlement, qu'il s'agisse des obligations des fournisseurs ou des déployeurs de systèmes haut risque, ou de la transparence de l'Article 50, expose à un plafond de 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires mondial annuel (Article 99 §4). C'est le niveau qui concerne la grande majorité des manquements d'une PME : un chatbot sans mention IA, une supervision humaine défaillante sur un usage haut risque.

Niveau 3 : informations inexactes, jusqu'à 7,5 M€ ou 1 %

Fournir des informations inexactes, incomplètes ou trompeuses aux autorités ou aux organismes notifiés expose à 7,5 millions d'euros ou 1 % du chiffre d'affaires mondial annuel (Article 99 §5).

La clause qui protège les PME

Voici le point que les titres alarmistes oublient toujours. Pour les amendes ci-dessus, la règle générale retient le montant le plus élevé entre le pourcentage et la somme fixe. Mais l'Article 99 §6 inverse cette logique pour les PME et les jeunes pousses : c'est le montant le plus faible des deux qui s'applique.

En pratique

Concrètement, pour une PME, la règle retient le plus faible des deux montants entre le pourcentage et la somme fixe, quelle que soit votre taille. Le plafond n'est donc pas le chiffre choc de 35 millions d'euros : quand votre chiffre d'affaires est modeste, c'est en pratique le pourcentage de votre chiffre d'affaires réel qui s'applique. La proportionnalité est inscrite dans le texte, pas laissée à l'appréciation. Cela ne dispense pas de se mettre en conformité, mais cela remet l'exposition réelle à sa juste échelle.

Une amende n'est pas automatique

L'Article 99 §1 impose aux États membres des sanctions effectives, proportionnées et dissuasives. Le §7 précise les critères que les autorités prennent en compte avant de fixer une amende :

  • la nature, la gravité et la durée de l'infraction,
  • le caractère intentionnel ou négligent,
  • les mesures prises pour atténuer le préjudice,
  • les manquements antérieurs,
  • la coopération avec les autorités,
  • la taille de l'entreprise et sa part de marché.

Erreur fréquente

Croire qu'un premier oubli déclenche immédiatement l'amende maximale. Le règlement demande des sanctions graduées et tient explicitement compte des mesures correctives et de la bonne foi. Une PME qui documente sa démarche, corrige rapidement et coopère réduit fortement son exposition. À l'inverse, l'absence de toute démarche est un facteur aggravant.

Le calendrier des sanctions

Les amendes ne sont pas toutes activables en même temps :

  • 2 février 2025 : les pratiques interdites (Article 5) sont effectives.
  • 2 août 2025 : le régime de sanctions (Article 99) et la gouvernance s'appliquent.
  • 2 août 2026 : les obligations haut risque (Annexe III) et de transparence (Article 50) s'appliquent.
  • 2 août 2027 : les obligations liées aux systèmes haut risque relevant de la législation sur la sécurité des produits.

Ce que vous devez retenir

Les chiffres maximaux de l'IA Act visent les pratiques interdites et les grands acteurs. Pour une PME, l'exposition réelle suit trois principes : un plafond proportionné à votre chiffre d'affaires (Article 99 §6), une gradation selon la gravité, et une prise en compte explicite de votre bonne foi et de vos mesures correctives.

La meilleure protection n'est pas de craindre l'amende maximale, mais de cartographier vos usages par niveau de risque et de documenter votre démarche. Une trace écrite de vos décisions vaut mieux qu'un budget de contentieux.

Questions fréquentes

Sources

Pour aller plus loin

Ce guide couvre les notions essentielles. Le plan détaillé, les modèles de documents et la méthode 60 jours pour rendre votre entreprise conforme sont dans le livre Conformité IA Act pour les PME (Greg Robinson et David Touzet).

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